Woman Tax : le rose est-il devenu la couleur du luxe ?

Le débat sur l’égalité hommes-femmes surgit parfois là où on ne l’attend pas. À coup de 5 centimes par ci, 10 centimes par-là, les femmes paient bon nombre de produits de grande consommation plus cher que les hommes.

gender blog picLe phénomène ne date pas d’hier mais personne en France ne semblait l’avoir remarqué : au quotidien, les femmes semblent payer plus cher que les hommes pour des produits ou services similaires. C’est ce que les féministes américaines appellent la « Woman Tax ».

La « woman tax », c’est quoi ?

Tout d’abord quelques chiffres : en France, les femmes gagnent 27% de moins que les hommes. Elles occupent 82% des emplois à temps partiel (50% des salarié-e-s à temps partiel touchent moins de 850€ nets par mois). Le revenu moyen des hommes non-salariés est de 40% supérieur à celui des femmes. Aujourd’hui encore, la retraite des femmes est inférieure de 42% à celle des hommes.

Cela étant dit, rentrons désormais dans le vif du sujet. Un collectif féministe (Georgettes Sand) a révélé, ce lundi 3 novembre 2014, que les produits de consommation courante destinés aux femmes sont plus chers en moyenne que ceux fabriqués pour les hommes. Ce collectif a mené l’enquête dans un magasin essentiellement, Monoprix, auquel un courrier a été adressé pour lui demander d’égaliser ses tarifs.

Sans titre-1Chez Monoprix donc, les femmes déboursent 1,80 euro pour cinq rasoirs jetables de la marque du distributeur, quand les hommes paient 1,72 euro pour 10 rasoirs de la même marque aux caractéristiques similaires. Même topo pour la crème Cellular anti-âge jour ou nuit de Nivea: un pot de taille identique coûte 2 euros de plus pour les femmes. Toutes ces découvertes sont rassemblées sur un tumblr intitulé Woman Tax.

rtr3ckhkEt ces différences de prix hommes-femmes ne se limitent pas aux produits de consommation. L’écart le plus flagrant est celui pratiqué par les coiffeurs, où, pour un shampooing et une coupe, une femme paie en moyenne 38 euros contre 24 pour un homme, constate Le Parisien. Pourtant, rappellent les Georgettes Sand, tous les hommes n’ont pas les cheveux courts et toutes les femmes n’ont pas les cheveux longs. Même constat dans les pressings : nettoyer une chemise pour monsieur sera toujours moins cher de quelques euros qu’un chemisier pour madame. Des différences de prix qui se font aussi sentir sur des produits plus étonnants, comme un sac à dos dont le modèle « spécial femmes » est vendu 4,95 € plus cher que le modèle standard équivalent dans un magasin dédié aux loisirs.

Monoprix répond…

Sans titre-3L’enseigne a répondu qu’elle veillait « naturellement à n’introduire aucune discrimination dans les prix des produits proposés à ses client(e)s », ajoutant que « l’écart de prix entre les références pour les femmes et les hommes s’explique par les caractéristiques intrinsèques des produits ainsi que par les volumes de vente ». Ainsi pour les emblématiques « rasoirs jetables 2 lames fixes à l’aloe vera » de la marque distributeur, non seulement la composition du modèle féminin coûterait un peu plus cher, mais « les volumes de vente largement supérieurs pour les hommes permettent un prix d’achat inférieur ».

Sans titre-11La secrétaire d’État aux Droits des femmes, Pascale Boistard, a réagi en publiant sur Twitter une photo comparant les prix de ces fameux lots de rasoirs, accompagnée du message : « Moi aussi j’y pense en me rasant ».

Qu’en est-il des hommes : payent-ils eux aussi plus chers certains produits ? C’est ce que soutient l’enseigne, citant les «déodorants aérosols Monoprix à 2,06 euros pour les références pour homme et 1,88 euros pour les références pour femme », ou encore les gels-douche « à 1,60 euros pour les références pour femme et 1,76 euros pour les références pour homme ». L’enquête lancée par le ministère de l’Économie et menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) permettra sans doute d’y voir plus clair.

gender-marketing-coverInterrogé par Le Parisien, le professeur de marketing Bruno Belbézier avance une explication plus cynique : « le rôle du marketing n’est pas de faire évoluer la société vers plus d’égalité, mais bien de faire gagner de l’argent à l’entreprise. Pourquoi vendre 1 euro ce que l’on peut vendre 1,50 euro ? » Selon lui, les prix sont plus élevés, car les entreprises estiment que les femmes sont prêtes à payer plus cher pour ces produits, souvent liés à l’apparence. Mais le pouvoir de changer ces pratiques est, selon lui, dans les mains du consommateur : « il peut comparer, et décider de cesser de se faire avoir. » Car si les ventes baissent, les marques seront forcées de changer leurs pratiques…

À suivre : « Le marketing a t’il un sexe ? » et « Gender marketing : vers plus de discrimination ? »

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